L’École supérieure catholique de droit de Jérémie (ESCDROJ): 20 ans déjà!

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Nous ne sommes pas forcément les ayants droit les mieux autorisés à parler des 20 ans de la création de l’École supérieure catholique de droit de Jérémie (ESCDROJ), en cette occasion solennelle où toute l’école se prépare à commémorer grandiosement un tel événement.
C’est un droit, un honneur et un privilège qui, en toute logique hiérarchisante et révérencielle, auraient dû revenir à deux grandes personnalités : Mgr Willy ROMELUS, évêque émérite de Jérémie, fondateur de l’ESCDROJ et le révérendissime Dr Jomanas Eustache, cofondateur et doyen de l’École, qui sont intimement liées aux idées ayant conduit à la naissance de cette prestigieuse institution dont la Grand¬Anse est si jalousement fière.

Aujourd’hui, en tant que progéniture à part entière issue de ce noble temple du savoir, nous tenons, en écrivant ces lignes, à rendre un vibrant témoignage d’amour et de reconnaissance à ces deux colosses qui sont pour nous et, sans l’ombre d’un doute, les deux Hercule qui ont travaillé sans relâche à transformer l’histoire du droit et de la justice à Jérémie. À travers une parfaite symphonie, ils sont parvenus à allier la soutane à la toge. Quel admirable tandem! Leur histoire n’est¬elle pas identique?

En effet, c’est en automne 1995 que l’ ESCDROJ est née, suite au constat alarmant de la fermeture de l’ancienne Faculté de droit de Jérémie; un pôle de l’Université d’État d’Haïti qui traîne derrière elle tout un pan de notre histoire du droit. Et c’est là, dans cet ancien temple de Thémis, jeté aux oubliettes et dans le vidoir de l’histoire, que les plus belles figures de l’intelligentsia et de la basoche de la cité ont été éduquées et formées. Citons à titre d’exemple: Etzer Vilaire, Antoine Rigal, philantrophe, Mercier Josma, Christian Caze, Richardson Philippe, Anselme Mombrun, Jomanas Eustache…

la demande de Mgr Romélus, le Rév. P. Jomanas Eustache, Phd en droit canonique et avocat de son état, ouvre pour la première fois, un après¬midi d’octobre 1995 au Foyer Culturel, les portes de l’ESCDROJ, avec pour mission de former et de préparer une nouvelle génération d’avocats et de juristes pouvant aider à la reconstruction d’une nouvelle société fondée sur la justice, le droit et la loi; sans lesquels aucune nation civilisée ne saurait fonctionner. «Le droit et la loi, nous dit Victor HUGO telles sont les deux forces: de leur accord naît l’ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes. Le droit parle et commande du sommet des vérités; la loi réplique du fond des réalités. »

Depuis son ouverture, l’ESCDROJ n’a cessé de prôner la primauté du droit, de la loi et de la justice sur la force; tout en plaçant l’individu au cœur des préoccupations sociales et judiciaires. Or, à cette époque, l’une des revendications majeures de la société grandanselaise était un changement radical dans le fonctionnement de la justice à Jérémie. Il fallait renoncer au statu quo ante qui éclaboussait l’image de Thémis dans la cité. Pour arriver à incruster ce rêve dans la réalité de la pierre, il faudrait tout d’abord l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes de loi conscientes des besoins de cette métamorphose sociale.
De plus, l’école, à travers ses objectifs, veut aussi, dès le départ, inculquer à ses étudiants le respect de la dignité de la personne humaine tel que formulé dans les conventions internationales. La recherche de la paix et la passion d’une justice saine et impartiale doivent être des projecteurs puissants tournés sur la route de chaque étudiant formé à l’école.

Un étudiant éduqué à l’ESDROJ doit être toujours à la recherche de l’équilibre tant judiciaire que social, et ce n’est certes pas pour rien que cette formule latine «Semper Aequitatem Quaerere» (Toujours rechercher l’équilibre) a été adoptée comme corollaire à la devise de l’école qui n’est autre que le «Jus Propter Justitiam» (Le Droit en vue de la Justice).

Selon une philosophie chère aux fondateurs de l’école, la justice doit être le dernier rempart de la société. Quand tout est désastre et confusion. Quand tout est désordre et anarchie, les justiciables doivent toujours avoir le réflexe de se tourner vers la justice comme ultime point d’appui et de repère. « Plus le but est loin, plus il faut viser haut », conseille Alexandre Dumas, père.

Heureusement de nos jours, les conceptions on changé. Depuis 1999, date de la sortie de la première promotion baptisée promotion Antoine RIGAL, la communauté grandanselaise a une autre et une nette compréhension de la justice, une compréhension qui était jadis absente; bien que beaucoup d’efforts restent encore à faire dans ce domaine.

Aujourd’hui, certains licenciés sont devenus commissaire du gouvernement, doyen, substituts du commissaire, juges d’instruction, juges de siège, avocats, juges de paix, notaires et arpenteurs publics. D’autres travaillent dans des organisations internationales de défense des droits de l’homme, tant qu’en Haïti qu’à l’extérieur, dans l’Office de la protection du citoyen, dans la police à titre d’inspecteurs ou de policiers et dans l’administration publique à titre de directeurs départementaux.

Nombre d’entre eux, bénéficiaires de bourses d’études, sont partis se perfectionner dans des universités étrangères et sont retournés à la fin de leur cursus d’études enseigner à l’École. Un bel exemple d’attachement à l’alma mater. Ils forment et éduquent les générations futures sur leurs droits et leurs devoirs en tant que citoyens responsables devant la loi.

En bâtissant cette école qui est devenue une œuvre de civilisation et de transformation sociale, ses fondateurs, Mgr Willy Romélus et le Père Jomanas Eustache, pourront dormir en paix et dire avec Horace:« J’ai achevé un monument plus durable que l’airain, plus haut que les royales pyramides, que ni la pluie qui ronge, ni l’Aquilon ne pourront détruire, ni l’innombrable suite des années, ni la fuite des temps. Je ne mourrai pas tout entier, et une grande part de moi¬même évitera la Déesse funèbre. »

Antoine Rosny SAINT LOUIS Av. Ma. DIDH [email protected] École Nationale de la Magistrature de Bordeaux le 11 octobre 2015

Source Le Nouvelliste

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